M.80’S : Deux titres des DIX COMMANDEMENTS… « L’ENVIE D’AIMER » et « LA PEINE MAXIMUM »…
R.H :
Encore une fois, la notion du plaisir, ce sont les années de grâce de Pascal Obispo au niveau de ses compositions et j’aime aussi beaucoup Daniel Lévi, je trouve que l’on fait partie d’une catégorie de chanteurs (comme Daran, Lena Ka, Bruno Pelletier et quelques autres encore…) qui devrait certainement (c’est délicat de dire cela…) occuper les premières places de ce pays, soit on a été méchant dans une autre vie , soit on n’a pas la tactique avec le show business, c’est notre karma… mais je pense parfois que l’on est très largement au dessus vocalement dans ce pays.

M.80’S : Vous avez intégré à cet album un DVD (le premier de votre carrière) d’un concert enregistré à Paris en mars 2010 ?
R.H :
Plaisir, plaisir et puis synthèse. Nous avons enregistré à Paris en 2010 à la Maroquinerie, une petite salle de 600 places. Le DVD a été fait avec des bouts de ficelle, réalisé magistralement par mon photographe depuis une trentaine d’années, Philippe Wagner qui a fait de la magie avec peu de choses, on a même récupéré quelques images de fans filmées avec des téléphones ou des appareils photos que l’on a passées en noir et blanc, on a essayé de faire un truc interactif. Je suis assez content de la nouvelle formule de mes concerts qui tourne en trio ou en quatuor, avec beaucoup de programmations, je vais à la batterie à certains moments et Didier, mon clavier envoie des programmations avec des loops de batterie, des samplings de batterie, des samplings de basse, et un guitariste électrique et acoustique, de temps en temps un autre clavier et des choristes. Je suis le seul qui aille à la batterie, comme ça, cela m’évite d’engueuler un batteur. (rires)

M.80’S : Vous reprenez un titre de France Gall « La Chanson d’Azima » en version plus Rock, pourquoi ce titre ?
R.H :
C’était un hommage détourné à Berger. En fait, il y a énormément d’hommages à Michel dans mes concerts, car c’est quelqu’un qui a beaucoup compté pour moi et qui manque à la musique en France, qui me manque. Pour LA CHANSON D’AZIMA, c’est une « crise » que j’ai eue 6 jours avant le début des concerts en 2010. J’ai téléphoné à mon pianiste qui habite à Perpignan et je lui ai dit : « Je sais comment je veux que l’on traite ce titre, fais-moi ça. On va en faire une chanson beaucoup plus Rock, ça va lorgner entre Marylin Manson et Les Rita Mitsouko ! »

M.80’S : Au début de ce concert vous interprétez un medley de deux titres « B.O.F. Génération », « Danse Nouveau Monde »…
R.H :
Je fais juste quatre lignes de texte sur une intro de « Danse Nouveau Monde » enchainées à « B.O.F. Génération ». Ces deux titres ont à peu près la même thématique sur toute cette génération sacrifiée aujourd’hui avec des gens qui s’entretuent pour des guerres de religion ou des gosses dans les cités qui sont complètement désœuvrés.

M.80’S : France Gall a collaboré en 1994 sur deux titres de votre album « Des Plaies Et Des Bosses »
R.H :
Oui, elle a fait des chœurs sur « B.O.F. Génération » justement et elle avait presque fait un duo sur « Quatre Saisons » vu le nombre de ses interventions vocales.

M.80’S : Vous avez participé également à l’enregistrement du single de « Mademoiselle Chang » en 1993… un titre enregistré en une seule prise, le cd single est sorti le lendemain pour la promotion de BERCY de France Gall…
R.H :
Avec eux, j’ai fait plus que ça, je chante sur trois chansons de l’album « Double Jeu » (sorti en 1992), Sur le papier, je ne suis crédité que sur deux titres. En fait, les véritables chansons que je chante sur cet album sont « Bats-Toi », « Toi, Sinon Personne » et « Les Elans Du Cœur ». En 1993, effectivement, France m’avait appelé quelques jours avant l’enregistrement de « Mademoiselle Chang », je pensais qu’elle avait l’idée d’enregistrer en live au Théâtre De Paris (un des théâtres où l’on avait fait STARMANIA), et donc je ne m’étais pas du tout looké car je ne pensais pas que l’on ferait un clip, alors que Marc Lavoine lui est toujours bien habillé ! Moi dans le privé, je suis plutôt décontracté.
Artistiquement, c’était un truc de fou, un tour de force, cela dit, moi, je n’enregistre que dans des conditions comme celles-ci, en fait j’étais presque en terrain connu. J’avais enregistré live comme ça avec mon groupe de Rock dans les années 80. Ensuite pour ma carrière en solo, c’était beaucoup plus des enregistrements d’un mois avec d’assez gros budgets. Quand je suis devenu mon propre producteur, je suis revenu à cette formule, déjà pour des histoires budgétaires bien entendu, et aussi parce que cela m’excite davantage d’aller très vite dans un studio, ça m’éclate car j’ai le niveau pour le faire et mes musiciens aussi, car je n’engage que des gens capables de faire que des « one-shot ». En tout cas, cet enregistrement avec France c’était assez rigolo à faire, et c’était artistiquement très intéressant, j’aime beaucoup la version de cette chanson.

M.80’S : C’était une période difficile pour elle…
R.H :
C’était le deuil de Michel, c’était une manière d’aller de l’avant, France Gall est quelqu’un de très fort. Elle a ensuite perdu sa fille. Je la recontacte tous les trois ans, elle me le dit à chaque fois : « Bon ben, à dans trois ans ! » et effectivement la dernière fois que je l’ai vue c’était pour cette émission de télé, les 30 ans de STARMANIA, à laquelle elle m’avait invité et qu’elle produisait et présentait. Je ne cache pas que c’est quelqu’un que j’aime beaucoup.

M.80’S : Lui avez-vous envoyé l’album ?
R.H :
Je suis en train de le faire, Je te le dis, on n’est pas encore à trois ans, donc, j’attends deux jours. Dans deux jours, on sera à 3 ans sans nous être vus, donc, là comme elle me le dit, ce sera bon ! (rires)…

M.80’S : Sur le DVD, une reprise de Police « Roxane » ?
R.H :
Pareil, plaisir et évocation aussi pour mon pianiste, Didier, et moi-même de notre rencontre dans le Sud de la France. J’étais en vacances il y a trois ans et je vois ce mec en train de jouer dans un piano bar où on était sept personnes et demie…. Et tout ce qu’il faisait était somptueux, réadapté etc… Il m’avait été présenté et il me regardait comme s’il voyait Dieu, donc c’était plutôt sympathique et touchant, il était assez fan semble-il de ce que je faisais et moi, je l’ai regardé et j’ai pensé : « Il me le faut dans mon équipe ! »

M.80’S : Il y a aussi une chanson intitulée « Mathieu » signée Pierre Palmade issue de votre album « Je couche avec Moi » (sorti en 2008)…
R.H :
« Je Couche Avec Moi » est d’ailleurs le titre d’un texte de Palmade, sinon, je n’aurais pas appelé l’album ainsi, c’est du 100ème degré, une chanson sur la solitude, pas un texte sur les caresses que l’on peut se faire soi-même !! (rires)
Pierre est un grand auteur, c’est un garçon qui sait à peu près tout faire. Cela m’évoque des souvenirs difficiles, c’est une période où j’étais beaucoup dans la fuite en avant et lui aussi, et c’est bien que l’on se soit rencontrés, qu’il reste au moins le travail que l’on a fait ensemble parce que ce sont de très belles chansons. « La fissure du temps », « Je Couche Avec Moi » et « Mathieu », sont des chansons qui ne vont pas vieillir car les textes sont vraiment puissants et je pense que les mélodies ont été motivées par son écriture, je pense que j’ai mis des choses importantes dans l’écriture de ces chansons, il y a vraiment des mélodies qui sont importantes pour moi.

M.80’S : Vous serez sur la scène de la salle JAVA à Paris les 23 et 24 Septembre. De quoi seront fait ces concerts ?
R.H :
La Java, j’y suis en effet les 23 et 24 septembre, il faut venir avec vos grands-parents, vos sœurs, vos cousines, c’est très important parce que ça va être une fête sympa.
Je n’y jouerai que des titres des Rolling Stones, non, ce n’est pas vrai… (rires) un mélange de tout ce que l’on vient de dire aujourd’hui. Quatre invités de l’album, Cyril Paulus, Barbara Scaff, Léna Ka et Pablo Villafranca. Je laisse Grégori Baquet tranquille en ce moment parce que je crois qu’il est dans les représentations avec sa pièce de théâtre « Colombe ». De toute façon, il a déjà joué à Paris avec moi, je l’avais invité au Nouveau Casino en 2009, et puis il a fait tous les personnages dans un clip qui s’appelle « Le feu aux Yeux » sorti en 2008 donc je ne veux pas que cela sente le réchauffer. Ce coup ci, je veux le faire avec de gens avec qui je n’ai pas fait de duos sur scène, dans mes spectacles en tout cas, car j’ai déjà chanté avec Léna, Barbara et Pablo sur « Tous En Scène », mais on a jamais chanté sérieusement, seul à seul, face à un public, je n’ai jamais chanté avec Cyril. Ce seront des dates importantes mais pour moi ce sont juste des dates en plus car, après m’être tenu beaucoup à l’écart à la scène pendant quelques années, comme depuis 5 ans, 10 ans, je rejoue beaucoup en concert en province ces derniers temps. Je ne me mets pas la pression inutilement.

M.80’S : Il y aura un dvd enregistré ?
R.H :
Non, on vient d’en sortir un, mais il y aura des images. Ce ne sont pas des dates que je souhaitais aussi tôt, c’est ma production de spectacle qui l’a voulu ainsi donc j’espère qu’elles vont bien se passer, c’est bien parti mais c’est une autre démarche pour moi car j’ai l’habitude de jouer dans des salles plus importantes avec plus de matériel sonore et plus de lumières, là c’est une salle de proximité vraiment. C’est un endroit très « in » en ce moment à Paris où se produisent des gens comme Mathieu Boogaerts ou Vincent Baguian, des gens qui viennent avec une guitare acoustique et un feu de bois ! Là cela va leur faire un peu bizarre à La Java au niveau des décibels. A mon avis, il faut y aller maintenant parce que dans 15 jours la salle est fermée pour tapage nocturne. (rires)

M.80’S : Vous partez en tournée prochainement avec votre groupe « FURIOUS ZOO » ?
R.H :
« Furious Zoo » est un groupe de Big Rock, du gros Rock. On sort un album fin novembre qui s’appelle « Wock’ n’ Woll – Furioso VI » qui est le sixième album du groupe et c’est un projet qui me tient beaucoup à cœur. Furious Zoo, c’est mon bébé, c’est mon petit projet de club, je joue très régulièrement avec ce groupe dont les titres sont en anglais.
Le 28 octobre je sors un album plus extrême en Français avec Satan Jokers, un groupe de Métal qui était ma première expérience professionnelle quand j’étais adolescent et que j’ai remonté en 2009. On va beaucoup entendre parler de cet album intitulé « AddictionS » médiatiquement ainsi que dans le circuit du Rock. Les textes ont été écrits par le psychiatre-addictologue Laurent Karila sur le thème de la drogue. L’album sera agrémenté d’un e-book, un livre préventif qui ne sera disponible que sur le Net. Dans les mois qui viennent, je devrais aussi sortir une autobiographie racontant tout ce « chantier mental » que je viens d’évoquer dans cette interview. Je n’ai pas la prétention d’être un écrivain donc, plus que de la littérature, c’est surtout un acte thérapeutique engagé avec Laurent Karila.

M.80’S : Cette autobiographie devrait s’intituler « Poudre Aux Yeux » ?
R.H :
Ce titre est provisoire, tout dépend de l’éditeur chez qui on va sortir le bouquin. Pour moi, le livre est fini mais je suis tout à fait d’accord pour corriger des choses car je ne connais pas le monde de l’édition littéraire donc je serai très à l’écoute de leurs conseils… J’ai fait une structure en 17 chapitres, qui représentent 17 années de ma vie. Il y a une préface très médicale de Laurent Karila. Ensuite, on assiste au déroulement de ma vie avec des anecdotes et des choses très personnelles. A l’heure qu’il est, on est en train de donner un sous-titre. Pour l’instant, c’est « Sexe, drogues et show business » car il y a des choses qui font référence à la chanson de Ian Dury dans les années 80 « Sex and drugs and Rock’n’roll » mais je ne sais pas du tout si on va garder ce sous-titre. Comme je l’ai dit, je vais être à l’écoute, ce n’est pas mon métier, je suis novice, néophyte et avec une très forte envie de bien faire les choses et puis je pense que cela va mettre un point final à une tranche de vie. Ce n’est pas de la littérature, c’est écrit comme un journaliste de Rock parce que j’aime les biographies Rock aussi. Karila dit que ça se range aux côtés des biographies de Slash le guitariste de Guns’N’Roses, de Keith Richard des Rolling Stones. Je trouve cela plutôt sympathique, surtout qu’il lit beaucoup d’autobiographies, il a comme moi une très grosse culture Rock. Mais pour moi, c’est important maintenant. Ce ne sera pas un best seller mais ce n’est pas un livre trash ni choquant. Je voudrais que, dans le futur, les médias s’intéressent à ce truc-là surtout comme un acte thérapeutique nécessaire. Pour vivre autre chose et ne plus me concentrer que sur la musique et la création, il fallait que je fasse ça.

Propos Recueillis
par Benoît Costaglioli
le 14 Septembre 2011

Interprète aux multiples talents, Renaud Hantson effectue un retour aux sources en s'appropriant 20 chansons extraites des comédies musicales sur son nouvel album, sobrement intitulé "Opéra Rock". Lors d'un entretien, il répond aux questions du site.


M.80’S : Plus de 20 ans après votre participation à STARMANIA et LA LEGENDE DE JIMMY, vous venez de réaliser un album concept reprenant 20 chansons extraites des plus grandes comédies musicales francophones et internationales. D’où est venue l’idée ? Est-ce un retour aux sources ?
RENAUD HANTSON :
Plus qu’un retour aux sources, c’est à la fois une manière de boucler la boucle avec les fans qui m’ont découvert à travers les comédies musicales et un plaisir personnel. C’est vrai que le grand public m’a découvert avec le spectacle de Michel Berger, à qui je rends un très gros hommage dans l’album puisqu’on y trouve plusieurs chansons de STARMANIA et de LA LEGENDE DE JIMMY. C’est également un hommage à Luc PLAMONDON, l’auteur des textes de STARMANIA et LA LEGENDE, avec deux extraits de NOTRE DAME DE PARIS, spectacle dans lequel j’ai joué avec la deuxième équipe. Tout le reste, ce sont des comédies musicales auxquelles je n’avais pas participé, donc c’est un vrai plaisir personnel que de s’attaquer à des titres vocalement difficiles ou parfois chantés initialement par des femmes comme CALLING YOU de BAGDAD CAFE, OUT HERE ON MY OWN de FAME ou encore MEMORY de CATS! C’est un peu donner le bâton pour être battu mais ça m’excite beaucoup (même s’il n’y a plus grand chose qui m’excite dans ce métier…)

M.80’S : Comment ont été sélectionnés les 20 titres de ce disque ?
R.H :
Le plaisir. Je voulais des titres sur lesquels je pouvais amener ma patte vocale, que je pouvais réarranger musicalement avec mon pianiste Didier Escudero. Maintenant que je suis sevré de projets Rock avec Satan Jokers et Furious Zoo, mes deux projets parallèles Rock, je pouvais m’attaquer à des choses parfois beaucoup plus « Pop ». J’ai donc choisi des chansons que j’ai dénudées, des chansons très orchestrées qu’on a faites piano voix ou vise versa, des chansons très softs qu’on a rendues plus pêchues. Je pense à CAN YOU FEEL THE LOVE TONIGHT qui était une ballade d’Elton John dont on a fait un titre Rock ou encore à MANIAC qui était un titre Rock dont on a fait une ballade. C’est un peu un exercice de style en fait et un vrai plaisir personnel.

M.80’S : Certains de vos amis chanteurs ont également apporté leur univers sur certains titres puisque l’on retrouve six duos… Pourquoi les avoir choisis ?
R.H :
J’ai rencontré la plupart de ces artistes grâce à mon p’tit frangin dans ce métier, Grégori Baquet, parrain de l’association « Tous En Scène contre la sclérose en plaques » pour laquelle nous donnions des concerts pour récolter des fonds afin de lutter contre cette maladie.
J’ai ainsi rencontré Lena Ka, éblouissante chanteuse qui avait fait un gros tube avec la reprise de TOUS LES CRIS, LES S.O.S de Balavoine. Sur mon album, elle interprète OUT HERE ON MY OWN parce que je trouvais cela intéressant d’en faire un duo. Elle est un peu au taquet vocalement car ce n’est pas tout à fait son registre, mais comme elle est très forte techniquement, elle peut chante très aigu parfois, et très médium ou très bas à d’autres moments. J’ai revu Pablo Villafranca, excellent chanteur que j’avais beaucoup aimé dans les DIX COMMANDEMENTS. En plus de ça, il me fait beaucoup rire. J’adore sa voix et surtout nous avons la même culture Rock, il aime exactement la même chose que moi. Cela nous a rapprochés, en plus du fait qu’il ait été le mari de Maurane, ma partenaire vocale dans le passé (dans STARMANIA). Avant « Tous en Scène », je ne connaissais pas Barbara Scaff, la plus française des américaines. Elle est très musicienne comme Léna, c’est une excellente chanteuse, très investie aussi dans l’association de lutte contre la sclérose en plaques. Elle partage avec moi le titre MANIAC parce que je savais qu’elle pouvait envoyer ce côté Rock, ça dormait en elle quand je voyais le spectacle de « Tous En Scène ». Elle a la pêche !
De fil en aiguille, Léna m’a fait rencontrer Cyril Paulus dont j’avais adoré le titre UN AUTRE NOM avant de savoir qu’il avait écrit les plus gros succès du ROI SOLEIL. C’était géant, sur ETRE A LA HAUTEUR, d’avoir le compositeur de la chanson qui chante en duo avec moi. J’aime bien sa voix, très cristalline par rapport à la mienne, c’était intéressant d’avoir ce contraste. WENTA, ma partenaire en 1988/89 dans STARMANIA, est un peu une Janis Joplin française. Nous reprenons un titre des Who extrait de TOMMY, premier Opéra Rock que j’ai écouté à l’âge de 9 ans. Enfin, j’ai donné MEMORY de CATS, la chanson la plus complexe de l’album, à Grégori Baquet parce qu’il est très musicien en plus d’être bon comédien. J’avais envie d’utiliser tous mes invités à contre emploi, sauf pour lui qui est vraiment dans son élément car les harmonies sont complexes. Il a même arrangé la fin de la chanson en faisant un contre-chant vocal très intéressant.

M.80’S : Quatre chansons extraites de STARMANIA sont sur cet album, un Opéra Rock auquel vous avez participé en 1988 où vous interprétiez le rôle de Ziggy puis celui de Johnny Rockfort. Comment s’est faite la rencontre avec Michel Berger ?
R.H :
Tout démarre par l’intermédiaire d’une de mes choristes, Dominique Martinelli, qui a été pendant une année la remplaçante de Raphaëlle Ricci dans Star Academy. A l’époque, elle était danseuse et choriste, et elle bossait avec une personne qui était très importante dans ma vie privée, Sophie Tellier, le grand amour de mon passé avec qui j’ai vécu 5 années, qui a été la chorégraphe de Mylène Farmer pendant la grande période des clips où elle jouait la méchante dans LIBERTINE, TRISTANA. Dominique était une amie de Sophie et la deuxième danseuse de Farmer à l’époque de TRISTANA.
Dominique m’apprit un jour que Michel Berger remontait STARMANIA. Moi, cela m’est passé d’une oreille à l’autre jusqu’au jour où, une semaine après, chez Sophie, je tombe sur l’album de 1979, je l’écoute et je prends une baffe. Je dis alors à tout le monde : « Il faut que je fasse ce truc ». J’en ai donc parlé à mon ancien manager, Robert Bialek qui a été le tourneur de Daniel Balavoine. Robert a appelé la maison de disque de Michel qui à l’époque s’appelait Apache et je l’ai rencontré au Studio des dames à Paris. Je me rappelle qu’il avait posé les textes des deux ou trois chansons qu’il voulait m’entendre chanter pour le personnage de Ziggy pour lequel j’auditionnais et que j’ai enlevé le pupitre pour lui montrer que j’étais vraiment investi dans le truc et que j’avais bossé vraiment sérieusement dans les deux trois derniers jours. Il est arrivé ce qui est arrivé, Plamondon est resté au téléphone avec le Canada pendant l’audition mais il écoutait quand même, mais j’ai surtout parlé à Michel qui, au bout de deux chansons, m’a dit : « C’est formidable, c’est tellement moderne ! ». Puis il me regarda comme si c’était une évidence, alors qu’il y avait quelqu’un déjà sur les rangs dont je ne me souviens plus le nom. Il ajouta qu’une chose le gênait, c’est que je pouvais faire aussi le rôle de Johnny Rockfort, trop marqué par Daniel Balavoine qui venait de disparaître, et qu’aucun Français n’aurait pu faire oublier. En fait, quand Maurane a arrêté de faire Marie-Jeanne, j’ai continué à jouer Ziggy quelque temps avec Réjane Perry, excellente chanteuse malheureusement décédée. J’ai pris le rôle de Johnny Rockfort une année lorsque Michel m’a proposé de changer de personnage, ce qui me redonna la patate !

M.80’S : Deux ans plus tard, vous renouvelez l’expérience sur LA LEGENDE DE JIMMY, autre opéra Rock de BERGER/PLAMONDON, vous interprétez le rôle d’un teenager qui s’identifie à son idole, James Dean… Quels souvenirs en gardez-vous ?
R.H :
Ce sont les meilleurs moments de ma vie. J’étais deux heures sur scène, Berger et Plamondon me renouvelaient leur confiance en me donnant le rôle titre mais j’étais un jeune con, je n’avais pas du tout la pression. Pour moi, je le faisais le plus le naturellement du monde en essayant de respecter les indications du metteur en scène, Jérôme Savary. En plus j’étais, de manière évidente, le complice et le chouchou du clan Berger. Diane Tell, ayant une relation assez proche avec Jérôme, cela a créé deux équipes à l’intérieur du spectacle, sans tensions mais sans grande complicité non plus. Nous n’avons pas eu de chance car, au bout de 7 ou 8 mois, en pleine première guerre du Golfe, nous avions des alertes à la bombe tous les soirs à cause des événements qui avaient lieu en Irak. Le spectacle passant pour pro-américain, il y avait des cinglés qui tous les soirs s’amusaient… C’était en même temps le « divorce » de l’alliance entre les producteurs Jean-Claude Camus et Gilbert Coullier. Ce spectacle s’est donc terminé en queue de poisson alors que je pense, et de l’avis général de tous les proches de Michel, c’est ce qu’il a écrit de plus beau. C’était son avis aussi, c’est pour cela que je le dis. Je suis très fier d’avoir fait ça. C’est devenu un spectacle culte pour ceux qui ont eu la chance de le voir, vu que cela n’a pas été filmé. C’était énorme : la mise en scène de Savary était monumentale, vocalement, Diane Tell, Nanette Workman, Tom Novembre, moi… que demander de plus ? Des danseurs, des comédiens et une thématique à la Plamondon, c’était un truc vraiment bien écrit parce que c’était aussi une métaphore sur la mort et sur le sens de l’existence.

M.80’S : De 1999 à 2001, Vous intégrez la troupe de NOTRE DAME DE PARIS, vous jouez le rôle de Gringoire interprété en premier temps par Bruno Pelletier…
R.H :
En fait, à travers ça, j’ai bouclé la boucle avec Bruno qui m’avait remplacé deux fois, d’abord dans LA LEGENDE DE JIMMY, alors que c’est moi qui avais fait la promotion 15 jours au Canada, donc un peu moi qui avais rempli les salles, c’est lui qui a fait les spectacles et qui y est devenu une vedette ! Les Canadiens sont un peu plus protectionnistes que nous, seuls Tom Novembre et moi, les deux français, ne l’avons pas joué là-bas. Il m’a ensuite remplacé dans STARMANIA avant que je ne le remplace dans NDDP donc on a bouclé la boucle. C’est un mec que j’aime beaucoup et qui chante très bien.

M.80’S : Comment vous êtes vous retrouvé dans cette comédie musicale à succès, un an après son lancement…
R.H :
En fait, il commençait à y avoir des dissensions à l’intérieur de l’équipe originelle, déjà entre les deux auteurs par presse interposée et aussi parce que certains artistes prenaient le droit de ne pas venir à certains spectacles dont ils manquaient des représentations. Fort du succès du spectacle, Luc m’avait appelé initialement pour le rôle de Phoebus qui ne m’intéressait pas du tout et que je n’avais absolument pas remarqué sur scène alors que j’avais pris une claque sur le travail effectué par Bruno Pelletier. J’avais dit oui sur le principe à Luc uniquement si c’était le personnage de Gringoire. Il y a eu 3 ou 4 mois de tractations, je crois que je leur ai couté un peu cher. Je n’ai pas le même genre de souvenirs que pour le travail avec Michel. D’abord, je n’ai pas eu les mêmes relations avec Richard Cocciante et puis, nous étions dans la deuxième équipe, les louanges étaient sur la première alors qu’en vérité, c’est nous qui avons fait le boulot pendant deux ans pour faire durer le spectacle. J’étais avec entre autres Herbert Léonard ou Roddy Julienne. Je me suis éclaté avec les techniciens et les chanteurs tous les soirs devant 7 000 personnes en province, je suis parti deux ans sur la route, j’ai pris 5 kg de trop tellement je mangeais au catering mais ce n’est pas humainement et artistiquement mes meilleurs souvenirs. J’étais aussi dans une période personnelle compliquée. C’était une situation qui m’est assez désagréable d’où la raison pour laquelle j’ai eu une relation un peu « business » avec ça mais je suis content d’avoir fait deux arrangements sur deux très belles chansons du personnage de Gringoire sur mon nouvel album. J’ai fini mon cycle avec NDDP, il est terminé avec l’album « Opéra Rock ».


M.80’S : Ce sont également les retrouvailles avec LUC PLAMONDON soit plus de 10 ans après votre première rencontre…
R.H :
Oui, oui, mais j’étais aussi très fier et très content que Luc me téléphone. On disait qu’il n’imposait que des Québécois. Il m’avait dit quelque chose comme « Mais tu comprends, à part Daniel Lévi et toi, en France, on a qui ? » C’était plutôt sympathique. Mais on ressentait sur le travail effectué par l’équipe cette guerre entre Cocciante et Plamondon. C’était une très grosse machine, ce que l’on voit encore aujourd’hui avec ce qu’ils vont faire à Bercy en décembre, j’espère que ça a encore quelque chose d’artistique.

M.80’S : Cet album bénéficie aussi des extraits de bandes originales de films comme LE ROI LION, FLASHDANCE, BAGDAD CAFE, Pourquoi les avoir intégrés dans cet album ?
R.H :
Parce que ce sont des comédies musicales à Broadway ou ailleurs et parce que ce sont aussi des grandes chansons, elles étaient donc légitimement « mettables » sur un album qui rend hommage aux comédies musicales. C’est aussi un plaisir vocal. J’ai mis des titres en anglais parce que j’ai la liberté de le faire et que je parle parfaitement anglais et aujourd’hui je n’ai plus aucune limite, je n’ai pas de directeur artistique au dessus de ma tête, ni de maison de disques qui me dit ce que je devrais faire. Maintenant, je fais ce que je veux parce que je suis mon propre producteur.

M.80’S : Plus proche de nous, vous reprenez un titre du célèbre Opéra Rock MOZART… « Vivre A En Crever »
R.H :
Parce que les interprètes de ce spectacle sont devenus un peu mes copains. Laurent Morin, alias SOLAL, était mon remplaçant dans Ziggy pour STARMANIA en 1989, c’est donc un mec que j’aime bien avec qui j’étais pratiquement un an sur la route. Grâce à lui, j’ai rencontré Mikelangelo que je trouve très marrant, très dynamique et plein de vie. J’aime beaucoup Florent Mothe, qui semble avoir été assez fan de ma carrière solo et qui a vu LA LEGENDE DE JIMMY quand il était plus jeune. La boucle est bouclée avec ces gamins que sont Florent et Mikelangelo. Ils sont venus voir Satan Jokers, mon groupe de Hard Rock, en concert au Trabendo à Paris (une salle de 600/700 places à côté du Zénith) parce que Florent Mothe est fan de Métal, et ils en ont pris un peu « plein la gueule ». (rires)
« Vivre à en crever » est une très grande chanson sur laquelle il y avait un côté U2 mais pas totalement fait à la U2 ! Je savais que je pouvais faire ma version, je ne dis pas qu’elle est mieux et plus intéressante, je pense simplement qu’elle est plus dans l’état d’esprit de ce à quoi elle est censée un peu ressembler quand même, c’est une relecture.